Visite Malte voyage sur l'Ile de Malte
jardin de Safe Haven

 © photos C. Rossignol
Destination Histoire Géographie

Les Chevaliers Hospitaliers
palais Malte

Lorsque les Chevaliers débarquent à Malte en 1530, ils s'installent à Birgu, petit village de pêcheurs ancré au fond d'un des bras de mer de l'actuel grand port. Chassés de Terre Sainte, de Chypre puis de Rhodes, ils se doutent fort que leur présence dans cette île au carrefour de la Méditerranée ne va pas plaire à leurs ennemis de toujours, les Ottomans. D'importants travaux de fortification sont entrepris. Sur le promontoire parallèle à celui de Birgu, une autre ville sort de terre en 1554 qui prend le nom de Senglea. Elu grand maître en 1557, Jean Parisot de La Valette n'aura de cesse de compléter les défenses. Bien lui en prend car à l'aube du 18 mai 1565, des milliers de Turcs se présentent au large des côtes. Au lendemain du fameux Grand Siège, Malte se réveille victorieuse mais dévastée. L'heure est à la reconstruction. Conscient des faiblesses de Birgu et de Senglea, certain du retour des Ottomans, Jean Parisot de La Valette décide d'édifier une ville sur le Mont Sciberras, plus élevé que Birgu et coincé entre deux bras de mer pouvant abriter galères et autres navires de combat. Les architectes Francesco Laparelli et Girolamo Cassar sont responsables du projet, qui emploiera jusqu'à 8 000 personnes et qui prendra le nom du grand maître. Avec la fin de la menace turque, l'austère mais efficace réseau de défenses se fait plus avenant. Chaque grand maître et chevalier fortuné se fait construire son palais, mais surtout l'Ordre lui-même embauche les meilleurs architectes et artistes pour élever des monuments dignes de son rang. Les travaux du Palais des Grands Maîtres commencent vers la moitié du XVIe siècle et durent jusqu'au XVIIIe.

Voulu par le grand maître Pietro del Monte et réalisé par Girolamo Cassar, l'édifice est un somptueux dédale de couloirs, d'escaliers, de salles en marbre polychrome, décorés de tableaux de maîtres, de tapisseries des Gobelins, d'armures ciselées. Sa visite reste un grand moment tant la richesse des lieux reste toujours aussi ostentatoire et l'impression de puissance aussi palpable. Le musée voisin témoigne de la vocation militaire de l'Ordre et du raffinement rarement égalé dans l'art de tuer son ennemi. Autre monument incontournable : la cathédrale Saint-Jean. Edifiée entre 1573 et 1577 et dédiée à saint Jean-Baptiste, patron de l'Ordre, elle devînt cathédrale en 1816 par la grâce du pape Pie VII. Derrière la façade austère et tristounette, se cache une merveille architecturale. Le marbre est partout, du sol au plafond. Les ors ruissellent le long des piliers. A terre, les pierres tombales des chevaliers rivalisent d'imagination dans l'art de la polychromie. De part et d'autre de la nef, les chapelles des huit langues de l'Ordre (Angleterre, Provence, France, Italie, Allemagne, Auvergne, Aragon et Castille) font assaut de toiles de maîtres et de décorations baroques. Un autre lieu est à ne pas manquer qui donne une image plus conforme aux principes de l'Ordre.

L'hôpital rappelle que les chevaliers étaient avant tout des… hospitaliers ! En prêtant serment, ils prononçaient les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance et s'engageaient à " servir nos seigneurs les malades " avant de " combattre les ennemis de la foi par les armes ". La Grande Salle était réputée pour contenir plus de 600 malades dans des conditions de confort et d'hygiène inconnues ailleurs en Europe. Chaque malade avait son lit individuel avec couverture, moustiquaire et rideaux, mangeait dans une vaisselle en argent et pouvait compter sur une armée de médecins et de chirurgiens parmi les meilleurs de l'époque. Une vaste bibliothèque permettait aux étudiants et aux praticiens de parfaire leurs connaissances. Elle abrite encore quelques 61 000 livres rares, une poignée d'incunables et surtout les archives des chevaliers et les actes fondateurs de l'Ordre.
D'accord, visiter La Valette suppose d'aimer l'histoire, les vieilles pierres et la marche à pieds. Il règne dans la ville une atmosphère étrange, pétrie de nonchalance et d'anachronismes. Des voix fusent et se répondent à travers les bow-windows auxquelles se joignent celles des habitants installés en terrasse ou à même le trottoir. Les très british cabines téléphoniques et boîtes aux lettres rouges égaient les placettes encombrées de tables et de pigeons oisifs. Les enseignes colorées ouvrent sur des boutiques minuscules véritables cavernes d'Ali Baba ou de vénérables institutions tel que Cordina, salon de thé ouvert en 1837 et célèbre pour ses plafonds revisitant l'histoire de l'île. La mer parfois se profile au détour d'une rue en enfilade. Les remparts offrent eux aussi de magnifiques points de vue. A gauche de City Gate, les jardins Hastings dévoilent le bastion Saint-Andrew, la ville de Msida et son port encombré de barques. A droite, juste après la place de Castille et l'Auberge de Castille et Léon, actuel siège du Gouvernement, les jardins de Upper Barraca permettent de contempler l'agencement du Grand Port et l'impressionnante architecture militaire des Trois Cités.
A n'en pas douter, le Grand Port fut un des sites les mieux protégés au monde. Le petit village de pêcheurs de Birgu, rebaptisé Vittoriosa après le Grand Siège, et Senglea sont rapidement transformés en forteresses inexpugnables. De même que leurs voisines Floriana et Bormla qui apparaissent respectivement en 1636 et 1640 dans le seul but de verrouiller défensivement le Grand Port.
Vers 1680, un vaste réseau de remparts imaginé par l'architecte Nicolas Cotoner -les Cottonera Lines- achève le dispositif. Au coeur de ces fortifications fleurissent des chantiers navals qui subsistent encore aujourd'hui et font de Malte une grande nation maritime. Edifiées sans plan à l'inverse de La Valette, Floriana et les Trois Cités offrent un dédale hallucinant de ruelles, de places et d'impasses. Les très belles portes de Rock Gate et de Zabbar Gate sont les derniers repères ordonnés avant cet indescriptible fouillis de voies en pentes et d'escaliers dérobés. Il faut un certain sens de l'orientation pour débusquer le petit jardin de Safe Haven, niché au bout de la presqu'île de Senglea. Outre la vue admirable sur La Valette et le port, ce jardin possède l'une des plus belles tours de guet du pays. Affublée d'une paire d'oreilles et de deux yeux, elle symbolise la vigilance de l'Ordre face aux infidèles.

Il faudra aussi être patient et un tantinet chanceux pour débusquer du premier coup le palais de l'Inquisiteur et les différentes Auberges des chevaliers disséminées dans Vittoriosa. Pour trouver le Musée Maritime, c'est plus simple, il suffit de suivre les quais. De là, si vous avez le temps, il est possible de louer une dghajsa, sorte de gondole locale, pour faire un petit tour dans le port. Au ras des flots, l'impression de toute puissance que devait dégager l'Ordre à l'époque est encore plus écrasante.

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