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L'horloge de l'église de Notre-Dame-de-Pompéi vient
de sonner huit heures. Devant elle, sur la place principale de Marsaxlokk,
une forêt de bâches rouges, bleues ou vertes résonne
de cris, de rires, de discussions animées depuis un bon moment
déjà. Le marché bat son plein.
Aujourd'hui, c'est celui aux poissons. La ville compte presque un
marché par jour, des fruits et légumes en passant
par les babioles et souvenirs touristiques, les ustensiles de cuisine,
les chaussures dégriffées et les inévitables
fringues à deux francs six sous.
Le dimanche, de par son authenticité est donc un jour à
ne pas manquer. Une bonne partie des quelques trois cent cinquante
pêcheurs professionnels recensés sur l'île vivent,
travaillent et vendent le produit de leur pêche ici. Le Maltais
n'est pas un grand amateur de poisson mais cela n'empêche
guère les étals dêtre bien achalandés
et de se vider avec une étonnante rapidité. Se bousculent
ici toutes les espèces méditerranéennes les
plus connues, donc facilement identifiables. Heureusement, car,
pour ce qui est des noms, le malti fait encore des siennes. A côté
des deux espèces locales, le lampuki et le dott, respectivement
sorte de dorade et de mérou, l'espadon devient pixxispad,
la langouste awwista, le poulpe qarnirta, le bar spnotta et le rouget
pagell. La découverte du marché est donc vivement
conseillée à ceux qui veulent ensuite déjeuner
dans un des nombreux restaurants du coin. Les cartes présentées
étant souvent incompréhensibles, au moins aurez-vous
une chance de repérer un nom de poisson vu au marché
et donc deviner ce qui vous attend !
Derrière les étals, une flottille de luzzu danse
sur les vagues. Ces barques multicolores sont devenues le label
de Malte. Leur forme, leurs couleurs et surtout leurs deux yeux
signent sans coup férir la provenance. Ancrées dans
le port comme dans l'imaginaire des gens, elles étonnent
et ravissent toujours. Il n'en reste pourtant qu'une poignée.
Plus personne ne s'amuse à fabriquer ces lourdes barques
en bois. Plastique et autres matériaux peu coûteux
ont là aussi fait des ravages. Alors les dernières
qui restent sont chouchoutées, restaurées, repeintes
avec soin.
Le luzzu regorge de symboles qui témoignent de la réserve
certaine qu'éprouve le Maltais vis-à-vis de la mer.
La présence des deux yeux trouve son origine dans les croyances
phéniciennes. Les " yeux d'Osiris " étaient
censés protéger et avertir les marins des dangers
inhérents à toute sortie en mer et Dieu sait sils
étaient nombreux à lépoque ! Le choix
des couleurs n'est pas non plus anodin. Si le jaune symbolise le
soleil et le bleu la mer, le rouge traduit le courage des pêcheurs
et le vert la part de chance et d'espoir nécessaire à
l'exercice de leur métier. Pour la plupart des îles
méditerranéennes, la mer a souvent été
synonyme de danger. Elle apportait les envahisseurs et les pirates
de tous bords, engloutissait régulièrement maris et
enfants. Malte n'a pas dérogé à la règle.
Et Marsaxlokk peut en témoigner. Dans cette baie bien protégée
sont arrivés les Phéniciens, les Grecs puis les Romains.
En 1565, lors du Grand Siège, ce sont 40 000 Turcs qui y
débarquent suivis, en 1798, par les soldats de Bonaparte.
Et c'est par là aussi que les Allemands avaient prévu
d'envahir Malte au cours de la Seconde Guerre mondiale. Désormais,
la baie de Marsaxlokk se prête plus pacifiquement à
des sorties en mer à bord des fameux luzzi.
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avec focus : Carte
Malte Satellite
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